En bref
- • Un arrêt de travail déclenche deux indemnisations séparées : IJ du régime général sur le salaire, IJ des indépendants sur le revenu de la micro-entreprise.
- • Les IJ salariées se calculent uniquement sur le salaire ; le chiffre d'affaires de l'AE n'entre jamais dans ce calcul.
- • Sous 4 806 € de revenu AE annuel moyen (2026), l'auto-entreprise ne verse aucune IJ : le revenu accessoire est perdu pendant l'arrêt.
- • Une prévoyance Madelin n'est pas déductible au micro (article 154 bis du CGI) : la souscrire ne se justifie que si le revenu AE est significatif.
- • Priorité : bien couvrir le salaire (IJ Sécu + prévoyance collective de l'employeur) avant d'assurer une petite activité d'appoint.
Salarié + auto-entrepreneur : deux régimes, deux logiques d'indemnisation
Exercer un emploi salarié et une micro-entreprise en parallèle, c'est ce que la Sécurité sociale appelle la pluriactivité. Vous relevez alors simultanément de deux régimes : le régime général pour votre activité salariée, et le régime des travailleurs indépendants (l'ex-RSI, intégré à la CPAM depuis 2020) pour votre auto-entreprise.
Sur le plan des remboursements de soins, un seul régime gère votre dossier — celui de votre activité considérée comme principale. Mais en matière d'indemnités journalières (IJ), la logique est tout autre : chaque régime indemnise sa perte de revenu, sur son assiette. Autrement dit, un même arrêt de travail peut ouvrir droit à deux flux d'IJ calculés séparément, versés au titre de deux revenus distincts.
C'est le point que la plupart des articles généralistes escamotent : ils traitent l'auto-entrepreneur seul, ou le salarié seul. Le cas du salarié qui a monté une auto-entreprise en accessoire — le consultant du soir, l'artisan du week-end, le formateur occasionnel — obéit à une articulation précise qu'il faut comprendre avant de savoir s'il faut, ou non, une prévoyance dédiée.
Trois questions structurent tout le raisonnement :
- Sur quel revenu se calcule chaque IJ (salaire d'un côté, revenu AE de l'autre) ?
- Le petit CA de l'AE franchit-il le seuil d'ouverture des droits indépendants ?
- Que reste-t-il non couvert, et une prévoyance individuelle a-t-elle un intérêt sur cette part-là ?
Le socle salarié : IJ Sécu et prévoyance collective sur le salaire
Votre statut de salarié reste, dans l'immense majorité des cumuls « salaire principal + AE d'appoint », votre meilleure protection. Elle se compose de deux étages.
Étage 1 — Les IJ du régime général (CPAM)
En cas d'arrêt maladie, la CPAM verse une indemnité journalière égale à 50 % du salaire journalier de base, calculé sur la moyenne des trois derniers salaires bruts précédant l'arrêt. Le salaire retenu est plafonné à 1,8 SMIC mensuel, ce qui porte l'IJ maximale à un montant de l'ordre de 53 € par jour début 2026. Un délai de carence de 3 jours s'applique : l'indemnisation démarre au 4ᵉ jour d'arrêt.
Pour y avoir droit sur un arrêt court (moins de 6 mois), il faut avoir travaillé au moins 150 heures sur les 90 jours précédant l'arrêt, ou avoir cotisé sur un salaire au moins égal à 1 015 fois le SMIC horaire. Ces conditions sont presque toujours remplies par un salarié à temps plein ou à mi-temps régulier.
Étage 2 — La prévoyance collective de l'employeur
C'est l'étage décisif, et souvent le plus mal connu du salarié-AE. Au-delà des IJ Sécu, deux mécanismes complètent votre salaire :
- Le maintien de salaire légal (loi de mensualisation) : dès un an d'ancienneté, l'employeur maintient 90 % puis 66 % du salaire brut pendant une durée qui augmente avec l'ancienneté, sous déduction des IJ Sécu.
- La prévoyance d'entreprise : quasi systématique pour les cadres (cotisation obligatoire de 1,50 % sur la tranche 1), fréquente pour les non-cadres via la convention collective. Elle verse des IJ complémentaires qui, ajoutées à la Sécu, visent souvent le maintien net du salaire, puis prend le relais en invalidité.
Concrètement, un cadre bien couvert peut conserver l'essentiel de son revenu salarié net pendant un arrêt long. Cette protection ne concerne toutefois que le salaire : elle ignore totalement le revenu de la micro-entreprise.
Le volet auto-entrepreneur : des IJ calculées sur le CA... quand il y en a
Passons à l'autre versant. En tant qu'auto-entrepreneur, vous cotisez au régime des indépendants et pouvez, en théorie, percevoir des IJ au titre de cette activité. Mais deux filtres se dressent devant le salarié dont l'AE est petite.
Filtre n°1 — L'assiette : le revenu, pas le chiffre d'affaires
L'IJ des indépendants se calcule sur le revenu d'activité annuel moyen (RAAM) des trois dernières années civiles. Pour un micro-entrepreneur, ce revenu n'est pas le chiffre d'affaires brut : c'est le CA après abattement forfaitaire :
- 34 % d'abattement pour les prestations libérales (BNC) : revenu = 66 % du CA ;
- 50 % pour les prestations de services commerciales/artisanales (BIC) : revenu = 50 % du CA ;
- 71 % pour l'achat-revente (BIC ventes) : revenu = 29 % du CA.
La formule de l'IJ est ensuite : IJ = RAAM ÷ 730. Pour un artisan ou commerçant, elle est plafonnée à 1 PASS/730, soit 65,84 € par jour en 2026 (le PASS 2026 s'élève à 48 060 €). Un délai de carence de 3 jours s'applique là aussi.
Filtre n°2 — Le seuil d'ouverture des droits
C'est le point qui coince pour une activité accessoire. Pour ouvrir droit aux IJ indépendants, votre RAAM doit dépasser 4 806 € en 2026 (10 % du PASS). En dessous, l'auto-entreprise ne verse aucune indemnité journalière, quel que soit le motif de l'arrêt.
Or, avec l'abattement, ce seuil correspond à un CA d'auto-entreprise loin d'être anecdotique :
- Prestation libérale (BNC) : il faut environ 7 300 € de CA annuel pour atteindre 4 806 € de revenu ;
- Prestation de services (BIC) : environ 9 600 € de CA ;
- Achat-revente : environ 16 600 € de CA.
Une AE « du soir » qui tourne à quelques centaines d'euros par mois reste donc, très souvent, sous le radar des IJ indépendantes. Le message est clair : ne comptez pas mécaniquement sur une double IJ. Vérifiez d'abord si votre revenu AE moyen franchit réellement le seuil.
Arrêt total : les deux indemnisations se cumulent-elles ?
Un arrêt de travail prescrit par le médecin est global : il vous interdit d'exercer, salariat comme auto-entreprise. Vous ne « choisissez » pas d'arrêter une activité et pas l'autre. La bonne nouvelle, c'est que les deux indemnisations peuvent alors se cumuler, car elles réparent deux pertes de revenu différentes.
En pratique, lors d'un arrêt total :
- La CPAM (régime général) verse les IJ sur votre salaire, complétées par votre prévoyance collective d'entreprise ;
- La Sécurité sociale des indépendants verse, en parallèle, les IJ sur votre revenu AE — uniquement si ce revenu dépasse le seuil de 4 806 €.
Il n'y a pas de « plafond commun » qui rognerait l'un au titre de l'autre : ce sont deux dossiers, deux organismes payeurs, deux calculs. En revanche, chaque régime applique son propre délai de carence de 3 jours et vérifie ses propres conditions d'ouverture de droits. Il est donc fréquent qu'un salarié-AE touche pleinement le volet salarié et rien du tout sur le volet AE, faute d'atteindre le seuil.
Attention à ne pas confondre carence (les jours non indemnisés par la Sécu en début d'arrêt) et franchise (le délai propre à un contrat de prévoyance avant son déclenchement). Une prévoyance individuelle souscrite sur l'AE ne commencera à payer qu'après sa franchise contractuelle — souvent 15, 30 ou 90 jours — ce qui la rend peu utile pour les arrêts courts.
Faut-il une prévoyance Madelin sur la petite activité AE ?
La question naturelle est alors : « Puisque mon AE n'est pas ou mal couverte, je souscris une prévoyance Madelin dessus. » L'intention est bonne, mais elle bute sur deux limites concrètes.
Limite fiscale : pas de déduction Madelin au micro
La déductibilité des cotisations de prévoyance Madelin repose sur l'article 154 bis du CGI, qui suppose d'être imposé au régime réel BIC ou BNC. Le micro-entrepreneur, lui, est imposé au micro avec un abattement forfaitaire : il n'a aucune charge réelle déductible. Résultat, les cotisations d'une prévoyance individuelle souscrite en tant que micro-entrepreneur ne sont pas déductibles du revenu. Vous pouvez tout à fait vous assurer, mais sans l'avantage fiscal qui fait tout l'intérêt du contrat Madelin.
Limite économique : le rapport cotisation / gain
Une prévoyance indemnise en fonction du revenu déclaré à assurer. Sur une activité accessoire de quelques milliers d'euros, les IJ potentielles sont faibles — et la prime, elle, intègre des frais fixes qui pèsent proportionnellement plus lourd sur une petite garantie. L'effort de cotisation dépasse souvent le gain espéré.
La bonne hiérarchie de décision est la suivante :
- Sécuriser le salaire d'abord : vérifiez votre prévoyance d'entreprise (niveau des IJ complémentaires, garanties invalidité et décès). C'est là que se joue l'essentiel de votre revenu.
- Assurer l'AE seulement si elle pèse : dès que le revenu AE devient un vrai pilier du budget familial et que sa perte non indemnisée vous fragiliserait, une prévoyance individuelle prend du sens.
- Anticiper le passage au réel : si l'auto-entreprise grossit et bascule un jour au régime réel (dépassement de seuil, choix volontaire), le contrat Madelin retrouve alors tout son intérêt, déduction fiscale comprise.
Autrement dit, sur une activité vraiment accessoire, la meilleure prévoyance est souvent celle que vous avez déjà : celle de votre employeur. Pour une activité d'auto-entrepreneur destinée à monter en puissance, l'arbitrage se rejoue au fur et à mesure que le revenu grandit.
3 cas pratiques chiffrés
Cas 1 — L'AE d'appoint sous le seuil
Marc, salarié cadre (2 600 € net/mois), exerce une activité de consultant en accessoire : 6 000 € de CA/an en BNC. Revenu AE = 6 000 × 66 % = 3 960 €, sous le seuil de 4 806 €.
Arrêt maladie de 3 semaines. Côté salaire : IJ Sécu (≈ 53 €/j après 3 jours de carence) + complément de la prévoyance d'entreprise qui maintient l'essentiel de son net. Côté AE : 0 € d'IJ indépendantes, car le revenu ne franchit pas le seuil. Le revenu de consulting est simplement perdu le temps de l'arrêt. Leçon : tant que l'AE reste à ce niveau, une prévoyance dédiée n'aurait rien changé — le vrai filet, c'est la couverture salariée.
Cas 2 — L'AE qui franchit le seuil
Sophie, salariée à mi-temps, développe une activité de services en BIC : 22 000 € de CA/an stables sur 3 ans. Revenu AE = 22 000 × 50 % = 11 000 € → RAAM ≈ 11 000 €. IJ indépendante = 11 000 ÷ 730 ≈ 15,07 €/jour.
Arrêt de 2 mois. Elle cumule : les IJ Sécu + prévoyance sur son mi-temps salarié, et ≈ 15 €/j sur son AE (après 3 jours de carence), soit environ 855 € sur 57 jours indemnisés. Utile, mais modeste au regard du revenu réellement généré par l'activité. C'est typiquement le profil pour lequel une prévoyance individuelle sur l'AE commence à mériter un devis, pour rehausser une IJ de base trop faible.
Cas 3 — L'arrêt long et l'invalidité
Karim, salarié (3 000 € net/mois) et artisan auto-entrepreneur en accessoire (revenu AE ≈ 4 000 €, sous le seuil). Accident, arrêt de 8 mois débouchant sur une invalidité partielle.
Côté salaire : après les IJ, la prévoyance collective enclenche la rente d'invalidité qui protège durablement son revenu salarié. Côté AE : sous le seuil, aucune IJ ni rente au titre de l'activité indépendante — la micro-activité n'ouvre quasi aucun droit invalidité utile à ce niveau de revenu. Sans surprise, l'artisanat d'appoint disparaît des revenus sans compensation. Ici encore, l'essentiel s'est joué sur la solidité de la prévoyance salariée, pas sur l'AE.
À retenir
Salarié avec une auto-entreprise en accessoire, votre protection en cas d'arrêt repose d'abord sur votre salaire : IJ de la Sécu et prévoyance collective de l'employeur. Le volet auto-entrepreneur ne verse d'IJ que si le revenu moyen dépasse 4 806 € — un seuil que les petites activités d'appoint n'atteignent souvent pas. Avant de souscrire quoi que ce soit sur l'AE, faites le point sur ce que couvre déjà votre employeur, puis demandez un devis prévoyance personnalisé pour combler les seuls trous qui comptent vraiment.
